Bénédicte Venance Mope : les candidats malentendants au Bepc n’ont pas eu d’interprète

enseignante spécialisée pour déficients auditifs.

Par Francis Eboa

Lorsqu’on parle d’un enfant malentendant, à quoi cela renvoie ?

Un déficient auditif est toute personne atteinte de l’altération ou de la perte totale de l’acuité auditive. Plus simplement, il y a les malentendants et ceux qui n’entendent pas (sourds).

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans ce corps de métier ?

L’éducation spécialisée et l’éducation inclusive ont certaines particularités qu’on ne retrouve pas dans l’éducation ordinaire, du fait que les programmes officiels, les livres, les méthodes d’évaluation par exemple ne sont pas adaptés à nos cibles. Ceci rend la tâche assez difficile aux enseignants spécialisés. Nous nous sommes rendu compte que plusieurs de nos responsables du monde de l’éducation ne sont pas assez sensibilisés sur ce type d’éducation. Ils ignorent même les lois qui protègent les élèves vivant avec un handicap en matière d’éducation. Nous ne sommes pas souvent compris par nos autorités lorsque nous estimons que les droits de ces élèves sont bafoués particulièrement dans la région de l’Adamaoua.

L’année dernière, vous avez présenté des candidats autistes au Bepc à Ngaoundéré qui ont malheureusement tous échoué à cause « des conditions » dans lesquelles ces enfants ont composé. Comment avez-vous vécu cela ?

C’était un évènement assez douloureux que nous avons vécu l’année dernière. Ma douleur a été triple. J’ai vécu cela en tant que parent, en tant qu’enseignante spécialisée, en tant que travailleuse sociale. Ces élèves étaient les tout premiers candidats nés sourds à présenter le Bepc dans la région de l’Adamaoua. Les gens ne se rendent pas compte des sacrifices consentis pour que ces enfants arrivent à ce niveau. Ils ont été victimes d’une injustice criarde. Ils se sont retrouvés dans les mêmes salles que les candidats valides alors qu’ils avaient droit à une salle spéciale. Ils n’ont pas eu d’interprète.  Ils ont eu le même temps de composition que les candidats valides ; leurs copies ont été mélangées à celle des valides ; aucun enseignant spécialisé n’a été convoqué à la correction. Vous comprenez que ceci implique qu’on n’a pas tenu compte de l’approche handicap à la délibération. Pouvez-vous imaginer des enfants qui échouent avant d’avoir composé parce que leurs droits ont été bafoués ? L’Etat a pourtant prévu des dispositions particulières pour eux. C’est vraiment triste. Il convient de souligner que ces candidats n’étaient en aucun cas une surprise, car pendant le dépôt des dossiers il était bien mentionné que c’était des déficients auditifs. Sur la liste définitive, il y avait cette précision devant les noms. Malgré toutes les explications que nous avons données aux responsables, rien n-a été pris en considération.

Y-a-t-il eu des changements pour la session 2022 ?

Si je vous dis oui, c’est que je vous ai menti. Rien n’a changé et nous nous attendons au même résultat que l’année dernière à savoir l’échec de nos enfants. J’ai vraiment mal lorsque je le dis.

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