Marie Serge Mengue Assila :  au bout de l’échec scolaire chronique , réorienter son enfant 

psychologue clinicien.

Propos recueillis par Nadine Ndjomo

 Il y a quelques jours, un candidat ayant échoué au Bepc s’est suicidé. Qu’est-ce qui peut expliquer cet acte extrême ?

L’échec scolaire se définit en fonction de ce qui est considéré comme la réussite. Alors la réussite scolaire réside dans « l’acquisition d’un rendement plus élevé dans l’activité instructive-éducative en conformité avec les exigences et les objectifs des programmes d’éducation » (Sălăvăstru, 2004).

–    Sur le plan psychologique, l’échec scolaire chronique peut entraîner une altération de l’image de soi, affectant ainsi les processus métacognitifs de l’élève (confiance en ses propres capacités) ; il peut également provoquer en lui la peur de l’échec conduisant à la résignation acquise. Dans des cas extrêmes, il peut entraîner l’effondrement de l’élève, dû à un choc émotionnel très intense et conduisant à l’agir comportemental tel que des conduites addictives ou même parfois, le suicide : le cas du jeune élève en question.

–    Sur le plan social, il favorise la stigmatisation, induit la marginalisation de l’élève et restreint l’accès à une qualification professionnelle, et oriente vers des rôles sociaux dévalorisés.

Y-a-t-il des signes annonciateurs qui peuvent mettre la puce à l’oreille ? Si oui quels sont-ils ?

OUI, il y en a très souvent. Il s’agit des conduites d’anorexie et de boulimie, des conduites excessives et déviantes, une attirance pour la marginalité, des prises de risque inconsidérées, une hyperactivité, notamment au niveau sexuel, une violence sur soi et sur autrui, des conduites ordaliques, des fugues. Mais il faut savoir que, d’une part, ces signes ne prennent la coloration de signes avant-coureurs du suicide que s’ils se posent comme une rupture avec l’attitude habituelle. D’autre part, ces signes ne sont pas spécifiques pris isolément. C’est leur regroupement ou leur association qui conduisent à suspecter l’existence d’une crise de suicide.

Face à l’échec scolaire de leurs enfants, certains parents se braquent, frappent parfois leurs progénitures ou décident de ne plus financer leurs études. N’est-ce pas extrême comme sanctions ?

Face à une situation perçue comme menaçante ou stressante, les gens réagissent différemment, en fonction de leur personnalité et de leur histoire personnelle. On retrouve trois types de stratégies d’ajustement, en temps qu’ensemble des processus qu’une personne interpose entre elle et la situation perçue comme menaçante, afin de maîtriser, tolérer ou diminuer l’impact de celle-ci sur son bien-être physique et psychologique (Lazarus & al., 1984).  Les parents doivent éviter d’agir de manière extrême. Car, la situation pourrait s’envenimer.

Comment doivent se comporter les parents quand un de leurs enfants échouent à un examen ?

Face à l’échec scolaire, la stratégie d’ajustement centrée sur l’émotion semble peu adaptée, selon la typologie développée dans la question précédente. Il semble plus adapté, dans ces circonstances, de recourir à la stratégie centrée sur le problème. Ainsi, le parent pourrait analyser l’échec et en dégager les causes et éventuellement les conséquences. Par exemple, il questionnera la santé de l’enfant, ses fréquentations, son alimentation, …Il existe par également dans la réalité scolaire de nombreuses causes des « faux échecs ».

C’est-à-dire que l’échec ici peut être dû non pas à l’incapacité ou bien à une déficience de l’enfant, mais à son manque d’estime de soi ou encore à son inadaptation en milieu scolaire. Par ailleurs, le système éducatif ne prend en compte que quelques-unes des neuf différentes formes d’intelligence. Or, comme le disait Albert Einstein partant de sa propre expérience : « Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera toute sa vie à croire qu’il est stupide ». Le parent pourrait recourir à un expert (psychologue clinicien, psychologue de l’éducation, psychologue de l’enfant et de l’adolescent).  Au bout de l’échec chronique, les parents peuvent orienter l’enfant dans un autre domaine, une autre filière, qui sied ses capacités ou sa forme d’intelligence.

Quid des élèves qui doivent reprendre la classe ? Que doivent-ils faire pour ne pas se sentir frustrés et commencer l’année scolaire de manière sereine ?

Quant aux élèves redoublants, la première chose est l’acquisition de la culture de l’échec. Celle-ci n’est nullement à comprendre dans le sens de l’apologie de l’échec. Il s’agit d’apprendre à tirer les leçons de l’échec pour acquérir l’expérience. L’échec devient une opportunité pour l’élève de refaire la même classe mais d’une autre manière. Ceci n’est possible que si celui-ci a fait le travail sur soi. Ce travail consiste à s’accepter et à accepter sa situation. Pour ce faire, l’élève redoublant a besoin du soutien de son entourage, notamment de sa famille. Cette acceptation l’amènera à débuter la nouvelle année scolaire sans appréhension, sans projection non plus.

Y-a-t-il un avantage dans  l’échec scolaire ?

Non pas pour faire l’apologie de l’échec, mais pour savoir tirer les leçons de l’échec. Et grâce à ces leçons qu’on devient sage et qu’on acquiert de l’expérience.

Nadine Ndjomo

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