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  • Yaoundé - Cameroun

Pr Elvis Houpa : le syndicat est là pour défendre les enseignants dans l’exercice de leurs fonctions

coordonnateur du Syndicat national des enseignants du supérieur (Synes).

Interview réalisée par Bertrand Ayissi

Quelles étaient les motivations réelles de la grève que vous avez observée le 14 octobre dernier à l’université de Ngaoundéré, et quel message vouliez-vous passer en prenant fait et cause pour l’enseignant Dr Fridolin Nke en service à l’université de Yaoundé 1 ?

Dans le mot d’ordre de grève signé le 08 octobre 2021 par le secrétaire national du Synes, le Pr Blaise Eugène Mtopi Fotso,  était : « grève pour protester contre les atteintes graves aux libertés académiques des enseignants du supérieur et les actes de torture infligés au Dr Fridolin Nke en particulier ». Ces actes de torture ont été infligés au Dr Fridolin Nke dans l’exercice de sa promotion de la conscience nationale. Et la promotion de la conscience nationale fait partie de la mission des universitaires. Ce, d’après le décret N°93/97 du 19 janvier 1993 qui assigne aux universités et donc aux universitaires une mission de contribuer à la promotion sociale, la promotion de la science, de la culture et de la conscience nationale. C’est donc dans l’exercice de la promotion de la conscience nationale que le Dr Fridolin a été violenté par un haut gradé de l’armée et certains de ses collaborateurs. Voilà exactement ce qui faisait l’objet de cette grève qui était une grève d’avertissement dans le sens où elle était courte, d’une durée de 24 heures. L’objet était ainsi d’amener le gouvernement à engager des actions administratives et judiciaires appropriées contre les auteurs de tels actes et d’informer la communauté nationale et internationale des résultats et des actions menés. Entre autres, nous voulions dire qu’il faut cesser tout acte d’intimidation à l’endroit des enseignants du supérieur dans l’exercice de leurs libertés académiques. Il faut préciser que cette grève a été un véritable succès à l’université de Ngaoundéré, car elle a été observée à près de 90%. D’ailleurs, dans certains établissements à l’instar de l’Ensai, il n’y a pas eu un seul enseignement le 14 octobre 2021. En faculté des Sciences, il y a eu au total quatre enseignements sur 80 programmés dans 15 salles de cours. Dans les autres établissements, la grève a aussi été suivie malgré tout. Un succès que nous devons à la compagne d’information que nous avons initiée dès le lundi qui précédait la grève. Nous avons alors fait des affiches en format A4 et A3 dans tout le campus. Les établissements où il y avait des assemblées comme en  Faculté des Sciences ou à l’Egcim, les responsables du syndicat ont profité pour demander à informer les collègues ; ce que les chefs d’établissements ont approuvés, et donc, ils ont été mis au courant. Mais au-delà de cela, chaque bureau à l’université avait au moins un exemplaire du mot d’ordre de grève.

Soutenir le Dr Fridolin Nke est-il aussi une manière de dire qu’un enseignant du supérieur peut se prêter même à des actes de provocation, et le Synes le défendra absolument ?

Je dis d’ores et déjà non ; le syndicat est là pour défendre les enseignants dans l’exercice de leurs fonctions. Je vais vous rappeler que le Dr Fridolin Nke était dans l’exercice de ses fonctions, notamment la promotion de la conscience nationale. Mieux encore, le Dr Fridolin Nke est philosophe et en tant que tel, il est comme une lanterne qui éclaire la société. Il est appelé à indiquer la direction, c’est son travail et c’est ce qu’il a essayé de faire. J’ai entendu certains collègues, qui n’ont pas adhéré à la grève, dire que le Dr Fridolin Nke a cherché ses propres problèmes. Il y en a qui disent que c’est quelqu’un qui est assez vindicatif dans ses propos, ainsi de suite. Je dis oui, supposons que le Dr Fridolin Nke ait tort, rien ne peut justifier qu’il soit violenté. C’est déjà suffisant pour que nous le soutenions. Pour nous, s’il a tort, son interlocuteur, en occurrence le haut gradé de l’armée, n’a qu’à porter plainte. Et la justice fait son travail. Il n’a pas à violenter le collègue, encore moins à l’amener manu militari dans son bureau. La Sécurité militaire (Semil), c’est pour les militaires ou alors les civils chez qui on a retrouvé des armes. Donc, il n’y a pas de raison. Un colonel, c’est quelqu’un de suffisamment responsable qui doit plutôt ramener son interlocuteur à l’ordre et non de le violenter. C’est à cette violence que nous disons non. Même si le collègue a tort, on ne peut pas porter la main sur lui, c’est de ça qu’il est question.  Evidemment, on ne demande pas à un enseignant d’aller provoquer ou d’aller voler. Mais s’il est dans l’exercice effective de ses fonctions, le syndicat se doit et déploie tous les moyens pour le défendre. C’est le cas des collègues enseignants qui sont aux prises avec la justice ; on les défend, mais il faudrait que ce soit dans l’exercice de leurs fonctions. Donc, hors cadre de l’enseignement supérieur et face à un enseignant qui fait des impairs, on ne peut pas le défendre.     

Avez-vous l’impression d’avoir été écouté ?

Vous savez, lorsqu’on adresse un message, l’interlocuteur a plusieurs manières d’exprimer qu’il a reçu. Le 14 octobre, pendant la grève, nous nous sommes rassemblés au premier carrefour après l’entrée de l’université. Et lors de ce rassemblement, madame le recteur a demandé à venir. Effectivement, elle est arrivée avec un message à transmettre ; elle a rappelé qu’elle est d’abord une enseignante et que lorsqu’un enseignant est aux prises avec des gros bras, tous les enseignants se doivent de se mobiliser. Elle a clairement dit que le ministre de l’Enseignement supérieur est aux côtés des enseignants, qu’il ne pourra pas les lâcher. Ne serait-ce que sur ces bases-là, nous pensons que nous avons été suivis. Cette présence est déjà une manifestation claire de ce que le message est passé non seulement chez les collègues, mais aussi auprès de l’administration parce que madame le recteur nous a rejoint et a écouté le message qu’avait à transmettre le coordonnateur du Synes, non sans passer le sien. Son message, c’est que l’administration est à l’écoute et donc, le ministère de l’Enseignement supérieur et autres.

Au moment où cette grève est derrière nous, peut-on dire que tout va bien à l’université, surtout en ce qui concerne le paiement des primes des enseignants ?

D’abord, s’agissant de la troisième tranche de la prime de modernisation, il y avait déjà un souci. Fort heureusement, le ministre de l’Enseignement supérieur a signé un communiqué ce 20 octobre, annonçant le début de paiement de cette prime dès mercredi 27 octobre. Il faut noter que cette prime se paie de manière trimestrielle. Le premier trimestre a été payé en avril ; le deuxième trimestre, en juillet ; et le troisième trimestre devrait être payé en septembre. C’est comme un accord tacite qui existe entre le syndicat et l’Enseignement supérieur, nous attendions jusqu’au 15 octobre. Donc, après, le ministère, comme nous-mêmes étions conscients que quelque chose se préparait en sourdine. Heureusement, le ministre a su anticiper, ce d’autant que bureau national du BEN qui doit se retrouver ce 23 octobre à Douala, devait communiquer de manière officielle sur la situation. En ce qui concerne les primes internes, effectivement, l’université de Ngaoundéré a plusieurs établissements. Je suppose que vous avez vu le préavis de grève de la section Synes de l’Ensai au directeur et au recteur, au mois de septembre dernier, relativement au non-paiement de toutes les primes des enseignants depuis 2018. A la suite de ce préavis, les paiements ont été effectifs. Je peux vous dire que la dette s’élevait à environ 80 millions FCfa. Mais grâce à nos entregents, de nombreuses primes ont été payés par l’établissement, ce qui a permis de calmer les enseignants. Pour ce qui est des autres établissements, on peut dire qu’il y en a qui marchent très bien. Je peux citer l’IUT qui est une référence à l’université, tout comme la Faculté des sciences économiques et de gestion. Nous avons d’ailleurs félicité le doyen parce qu’en arrivant, il y avait des arriérés et maintenant, il n’y en a plus. Cette faculté est bien gérée, comme la faculté des sciences de l’Education. S’agissant des autres établissements, peut-être que les enseignants sont encore prêts à supporter en attendant que les échéances soient très longues.

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