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Oumarou Souley : au Cameroun, il n’y a pas de lycée bilingue au sens propre du terme

Point focal du bilinguisme au lycée bilingue de Ngalbidjé (Nord-Cameroun).

Propos recueillis par Rebeka Sintebe

C’est quoi le programme d’éducation bilingue spéciale ou le special bilingual education program ?

C’est un programme d’éducation, d’enseignement et d’apprentissage de nos deux langues officielles qui vise à rendre nos apprenants compétents et autonomes surtout en ce qui concerne l’usage du Français et de l’Anglais. Grace à ce programme, nous formons des apprenants qui peuvent résoudre des problèmes de communication liés à la langue. C’est un programme qui a un contenu. Il est formé de trois modules à savoir le module linguistique, transversal immersif et le module curriculaire. Le premier module concerne les cours de langue qui sont l’anglais, la littérature anglaise pour les élèves francophones et le français et la littérature française pour les élèves d’expression anglaise. Dans le module transversal immersif, nous enseignons les matières non linguistiques comme l’éducation à la citoyenneté, le sport et le travail manuel. Le module curriculaire quant à lui est un module qui vise à enseigner les élèves en jouant comme les emmener à la bibliothèque et leur faire lire une œuvre. On peut également les emmener au marché et leur demander de discuter le prix d’une marchandise dans la langue qu’ils apprennent.

Qui est éligible pour suivre ce type de programme ?

L’éligibilité se fait à deux niveaux. Il y a tout d’abord l’établissement même qui accueille ce programme. En effet, c’est un programme qui a été institué dans les établissements scolaires en 2009. Dans le Nord, nous comptons à ce jour 12 établissements qui accueillent le programme. Ils sont appelés établissements pilotes. Depuis le début de cette année scolaire, trois établissements privés ont accueilli ce programme, or il était logé essentiellement dans les établissements publics dans les années précédentes. L’autre critère d’éligibilité concerne l’apprenant. Lorsqu’il est admis au concours d’entrée en 6e ou au interview (pour les anglophones), on leur fait passer un test de langue. Il s’agit de l’Anglais pour les Francophones du Français pour les Anglophones. Les meilleurs sont sélectionnés pour suivre le programme et sont mis dans les classes appelées « classes bilingues ». L’élève sera donc soit en 6e bilingue ou à From1 bilingue.

En quoi le programme spécial bilingue est-il diffèrent des autres programmes?

Il est spécial en ce sens que l’élève qui est en 6e bilingue par exemple fait certains cours en anglais et d’autres en français. Si son camarade de la 6e ordinaire a 3 heures de cours d’anglais par semaine, il en aura 7. En effet, il fera toutes les matières du module curriculaire en Anglais.

Y a-t-il des difficultés liées à l’implémentation du programme d’éducation bilingue spécial dans la région du Nord ?

Nous rencontrons des difficultés sur le plan infrastructurel, des ressources humaines et même venant des parents d’élèves. Concernant les ressources humaines, il y a insuffisance des enseignants surtout des enseignants bilingues pour bien implémenter le programme. Dans notre établissement par exemple, nous sommes 7 au lieu de 11 enseignants bilingues. Les élèves bilingues devraient avoir leurs salles de classe pour un suivi adéquat. Au niveau des parents, nous rencontrons certains qui exigent qu’on sorte leurs enfants du programme d’éducation bilingue spécial, surtout les parents d’expression anglaise qui pensent qu’on est en train de francophoniser leurs enfants. Pourtant les élèves en fonction de leur langue d’origine décrochent les mêmes diplômes à la seule différence que la matière « french » est plutôt écrit « bilingual special french ». Il faut que ces parents cessent de croire qu’il s’agit d’un diplôme moins anglophone. Les élèves qui suivent le programme d’éducation bilingue spécial ont aussi un problème de manuel scolaire. Il y a deux œuvres au programme que nous n’avons jamais vus depuis qu’elles ont été insérer. Il s’agit des œuvres intitulées « l’attachement au sol natal » et « notre fille ne se mariera pas ». Ils sont inscrits au programme depuis deux ans sans aucune trace. Nous téléchargeons sur l’internet certains passages de ces œuvres afin de les exploiter avec les enfants. L’autre difficulté c’est que les élèves francophones notamment ne sont pas assez exposés à l’autre langue ( anglais) alors les anglophones s’en sortent mieux, certainement à cause de l’environnement dominé par le Français. L’absence d’une bibliothèque est également un souci à relever.

Quelles sont les débouchés qu’offre le programme d’éducation bilingue spécial?

Les débouchés sont les mêmes que celui qui a un bac ordinaire mais au niveau du marché de l’emploi, le titulaire du bac bilingue a un peu plus d’opportunité. Pour les concours avec phase oral par exemple, le candidat n’a pas de problème si on lui demande de s’exprimer en Anglais ou en Français. Mieux encore, lors du concours d’entrée à l’école normale supérieure de Yaoundé de cette année, notamment pour la filière lettre bilingue, on a exigé que les candidats qui choisissent cette filière aient un bac bilingue. Or, ce n’était pas le cas dans le passé. Aussi, ils peuvent présenter les autres concours comme l’Esstic, l’Enam et bien d’autres. Une fois employé, ces élèves peuvent servir n’importe quel usager car la langue n’est plus pour eux une barrière. 

S’il y avait une appréciation à faire, quel serait-elle ?

C’est un très bon programme qui forme de très bons produits. Les élèves d’expression françaises sont passables dans ce programme. Ceux dont la langue source est l’anglais s’en sortent plutôt bien. On a même de fois, du mal à identifier leur langue source, ce qui n’est pas le cas chez les francophones. Il va donc falloir revoir et repenser les stratégies et techniques  pour que les apprenants d’expression française se perfectionnent en améliorant leur niveau de 2 e langue. En effet, la politique du programme voudrait qu’arriver à un certain niveau, qu’on ne puisse plus identifier la langue source de l’apprenant. Il peut même s’il le souhaite changer de sous-section c’est-à-dire s’il a fait le Bepc bilingue, qu’il puisse présenter le GCE s’il le souhaite. Même au niveau des enseignants, c’est un programme qui le rend excellent en langue. Il a en effet l’opportunité de se déployer dans les deux langues sans qu’on ne perçoive sa langue d’origine. Ce programme pourra aussi résorber le problème des lycées bilingues au Cameroun. Car,  il n’y a pas de lycée bilingue au sens propre du terme. Ceux que nous appelons ainsi sont des établissements constitués d’une section francophone et d’une section anglophone ; ils sont deux établissements en un. Pourtant un lycée bilingue en réalité devrait être un lycée où les cours peuvent être enseignés en Français ou en Anglais. C’est donc ce programme qui permettra au Cameroun d’avoir des lycées bilingues proprement dits.

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