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Armand Claude Abanda : je suis arrivé au Cameroun avec 3500 FCfa 

Le représentant-Résident IAI Cameroun parle de la création de cet institut, des difficultés rencontrées, son évolution et certains projets.

Propos recueillis par Nadine Ndjomo

L’Institut africain d’informatique (IAI)-Cameroun, qui a été baptisé, Centre d’excellence technologique Paul Biya a célébré son 10ème anniversaire, le 15 décembre dernier. Comment avez-vous fait pour obtenir et conserver cette crédibilité, cette notoriété, au fil des années ?

Lorsque je vois ce que nous avons vécu, les années passées avant le don du chef de l’Etat du Cameroun, le chemin parcouru, je ne peux qu’être satisfait. Car, comme vous le savez, quand je suis arrivé au Cameroun, je n’avais que 3500 FCfa à l’aéroport international de Nsimalen, à Yaoundé. Et puis avec la famille, nous sommes allés au quartier Cradat, où j’ai loué un studio à crédit. Le bail était de 15 000 FCfa la nuitée. J’ai pris ce studio à crédit sans être sûr de le payer. Et puis, j’ai pris un bureau que je louais à crédit à 10.000 FCfa par jour. Et lorsqu’il fallait avoir un secrétariat, je l’ai fait. C’était le début du lancement d’une aventure dont j’ignorais l’issue. Je me suis lancé. Je me suis jeté à l’eau, comme le président de la République a souvent dit aux jeunes, qu’il faut oser. J’ai osé.

Comment le public a découvert l’existence de l’IAI ?

Le public a connu l’existence de l’IAI par le biais de la radio. Pour la publicité, je suis parti la faire à la Crtv radio. N’ayant pas d’argent pour le taxi, j’ai quitté le Cradat à pied pour la Crtv. Là-bas, j’ai rencontré le responsable de la rubrique Science. Il m’a fait passer le même jour au 17h. Le lendemain, toujours à pied, je suis parti à Cameroun tribune. J’y ai rencontré Monsieur Badja Ba Ken. Il m’a fait comprendre que pour que la publicité d’un concours soit publiée, il faut payer. Et comme je n’avais pas d’argent, il m’a orienté chez le directeur général de l’époque, Jerôme Mvondo, à qui j’avais donné quelques garanties de payements sans avoir de preuves matérielles et il a bien voulu me soutenir. Le communiqué est passé à Cameroun tribune. Après Cameroun tribune, je suis parti à la Crtv Télé, où j’ai rencontré Charles Ndongo, il m’a soutenu. Il m’a aidé. Ils ont parlé de ce nouvel institut qui organisait un concours. Lors du premier concours, nous avons eu 400 candidats pour 120 places. Nous avons commencé l’année académique. Et tout s’est bien passé. L’année d’après, nous avons eu 5000 candidats.

Certains vous considèrent comme un visionnaire. Quand vous vous lanciez dans cette aventure du numérique, au Cameroun, on ne voyait pas encore l’importance de cette niche d’opportunités, cet outil qui a révolutionné le monde…

Effectivement. Aujourd’hui, il est pratiquement impossible de faire sans l’informatique. D’ailleurs, quand je parlais de l’IAI, on me parlait des assurances. Il y a une école qui s’appelle institut international des Assurances (IIA). J’ai fait face à cette difficulté pendant plus de 2 ans. Aujourd’hui, c’est le contraire. On reçoit des courriers adressés à l’IIA. Après le Cradat, nous sommes partis à dragage. Nous avons pris une villa, qu’on louait à crédit. Mais j’avais déjà épongé ¾ de l’ardoise du Cradat. Je suis parti du Cradat avec une crédibilité. Dans la villa, nous avons fait construire, deux salles de classe en préfabriquées. Comme nous payions 14 millions 400 mille FCfa, et nous les versions une fois, au début de l’année ; le bailleur qui croyait que nous avions beaucoup d’argent, a décidé en juillet de nous servir une sommation d’huissier, dans laquelle il demandait de payer dorénavant, 25 millions FCfa au lieu de 14 millions FCfa 400. Ce qui n’était pas possible. C’est ainsi que je décide d’écrire au chef de l’Etat pour demander un campus. Le président de la République a donné son accord en 2006. Jusqu’en 2008, il n’y avait pas de suite. Je suis donc parti rencontrer le ministre Louis Paul Motazé, qui était à l’époque, ministre de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat). C’est lui qui a lancé le projet. Nous avons démarré les travaux. Quand nous avons commencé, c’était la forêt. On eu dit une jungle. Nous avons tenu bon. Le kilomètre de barrière a été construit, sur cinq hectares. En 2011, nous nous sommes installés. C’est l’occasion pour moi de remercier, une fois de plus, le ministre Motazé. C’est lui qui a su mettre en œuvre l’instruction du président de la République. Car, nous avons eu beaucoup de difficultés pour faire avancer ce projet.  Dans ce campus, nous avons tout installé. Au début, en journée, on fonctionnait avec un groupe électrogène. Dans la nuit, il y avait des panneaux solaires, pour éclairer l’école. Un forage a été creusé, pour avoir de l’eau et faire fonctionner le campus. Le plus important était que nous avions déjà notre campus. Et je suis très heureux de cela.  

Aujourd’hui, peut-on dissocier l’IAI du centre d’excellence technologique Paul Biya ?

L’IAI-Cameroun, porte le nom du centre d’excellence Paul Biya. C’est donc un nom d’emprunt. L’institut reste l’IAI. Et en Afrique, en dehors du siège de Libreville, il y a d’autres pays qui l’abritent, par ordre de création, il y a le Cameroun, le Niger et le Togo. Au Cameroun. Nous avons 29 centres IAI au Cameroun, pour un total de 1750 étudiants. Parmi ces centres, il y en a où on entre avec un baccalauréat, on fait deux années d’études  et la troisième année, se fait dans ce campus (Yaoundé). Au Gabon, c’est près d’un demi-millier d’étudiants qui sont inscrits à l’IAI. C’est aussi le cas dans les autres représentations.

La Chine a offert à l’IAI 75 bourses. Quel est le profil des futurs bénéficiaires de cette bourse ?

Les 75 bourses vont s’étaler sur cinq ans.  Le principe est simple. Les chinois semblaient penser qu’on leur reprochait de ne pas suffisamment recruter des cadres africains. Ils ont donc expliqué cette situation en avançant l’hypothèse selon laquelle les cadres africains ne maitrisaient pas la technologie chinoise. Il y a aussi la barrière de la langue qui fait problème. Pour éviter ce type de situation dans l’avenir, ils ont mis en place cette bourse. Un étudiant qui passe une année ici à l’IAI, fait une demi-année en Chine, six mois de stage dans une firme chinoise, il revient à l’IAI Cameroun. Les boursiers seront totalement pris en charge par le gouvernement chinois. Restauration, hébergement, billet d’avion, bourse locale, assurance santé… Et comme diplômes, ils auront un diplôme de l’université chinoise et un autre de l’IAI-Cameroun. Ce sont ces profils qui seront prioritaires dans les entreprises chinoises basées en Afrique. Pour qu’un étudiant bénéficie de cette bourse, il faut qu’il soit discipliné en plus d’avoir de bonnes notes. Tels sont les critères exigés par la partie chinoise pour obtenir la bourse.

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