Ashu Egbe : je cherche le regroupement familial depuis 2018

23 Fév 2022 | TRAJECTOIRE | 0 commentaires

enseignante.

Interview réalisée par Nadine Ndjomo

Vous êtes enseignante dans un lycée situé dans la partie septentrionale du Cameroun. Depuis que vous êtes sur le terrain, vous avez changé de langue à l’effet de dispenser vos enseignements. Pourquoi ?

Je suis enseignante. J’ai obtenu mon diplôme professionnel des enseignements secondaires (Dipes 2) à l’Ecole Normale Supérieure d’enseignement Technique (Enset) de kumba. J’ai suivi tout mon cursus scolaire essentiellement en langue anglaise. Après ma formation,  c’était difficile, car il fallait que je dispense mon cours en français. Je n’avais le choix. Vu que les élèves ne comprenaient pas l’anglais. Je me suis mise au Français. J’ai appris la langue française, à l’effet de pouvoir dispenser mon cours et me faire comprendre par mes élèves.

Vous exercez dans l’une des régions du septentrion depuis cinq ans. Comment se passe la cohabitation avec vos collègues ?

La cohabitation n’a pas toujours été facile avec les responsables des différents établissements où j’ai exercé. Dans l’établissement où j’enseigne actuellement, tout va pour le mieux mais à mon premier lieu d’affection, ce n’était pas facile. Je n’arrivais pas à payer mes factures. Vu que j’ai patienté 6 mois avant de  percevoir mon salaire. Ce n’était pas évident de rester pour attendre un salaire qui tardait à tomber. J’étais toujours tentée de rentrer pour vivre en famille au lieu de rester là et mourir de faim. Ensuite, lorsque le premier salaire est sorti, j’ai perçu les 1/3 et même jusque-là, c’était difficile de joindre les deux bouts. Par conséquent, ce n’était vraiment pas facile au début avec les responsables des établissements. Ils veulent maintenir les enseignants surplace, pourtant nos conditions de vie, nos finances, ne nous permettent pas de nous prendre en charge.

Sur le plan social, vous êtes marié et mère. Vous ne vivez pas avec votre époux, qui est également enseignant, mais exerce à l’Ouest. Comment parvenez-vous à gérer votre foyer à distance ?

Ce n’est pas facile de gérer le foyer étant à distance. Nous sommes un jeune couple, nous avons besoin de nous construire. Or le fait d’être à distance, ne nous aide pas. Au contraire. Nous avons deux loyers à payer chaque mois. Ensuite nous avons deux rations, il faut payer les factures d’eau, tout vient en double. Du coup les dépenses sont doublées et ce n’est vraiment pas évident du côté financier. Mais nous essayons de beaucoup communiquer, nous sommes assez transparents et je pense que c’est cela qui fait en sorte qu’on tient le coup.

Avez-vous entamé une procédure pour rejoindre votre époux pour un regroupement familial afin de sauver votre emploi et assurer la stabilité de votre couple ?

Nous avons essayé de faire une demande de mutation deux fois dans le but de faire un regroupement familial mais cela n’a pas marché.  Cette année encore je viens tout juste de déposer un troisième dossier de regroupement familial, espérons que cette fois-ci tout ira pour le mieux. On croise les doigts.

Comment est- ce que votre époux vit cette situation ? A-t-il également pris des mesures pour que vous soyez ensemble ?

Mon mari n’a jamais engagé la procédure, parce que nous avons convenu que c’est moi qui devais partir le rejoindre. Raison pour laquelle il ne l’a pas fait. Il m’aide juste à constituer le dossier, en envoyant les documents qui attestent sa présence effective et la photocopie certifiée de l’acte de mariage.

Vous êtes officiellement mariée depuis 2018. De ce moment à date, avez-vous vécu maritalement ?

Je ne peux pas comptabiliser le nombre de semaines ou le nombre de mois que nous avons fait ensemble. Tout ce que je peux vous confirmer c’est que nous n’avons jamais passé plus de deux mois consécutifs sous le même toit.  La durée la plus longue  que nous avons eu à faire ensemble a été de deux mois et même jusque-là c’est une faute professionnelle parce que normalement l’enseignant à droit à un mois de congé.

Les relations à distance sont difficiles à entretenir. Il y a beaucoup de tentations de part et d’autre. Comment est-ce que votre mari et vous, parvenez à éviter les pièges de l’infidélité ?

Pour moi, l’infidélité est un choix de vie.  Que vous entreteniez une relation à distance ou bien que vous viviez dans la même maison, si tu fais le choix d’être infidèle tu le seras. De mon côté je n’ai quasiment pas de vie sociale parce que pour être infidèle, il faut d’abord être amené à croiser des personnes ou à sortir.  Moi je n’ai pas cette occasion, généralement je suis à la maison avec les enfants. Concernant mon époux je pense qu’il essaye de se tremper dans le travail mais comme on le dit souvent chacun parle pour lui. De mon côté je peux vous certifier que l’infidélité ne fait vraiment pas partie de mon vocabulaire.

Si le ministre des Enseignements Secondaires se trouvait devant vous. Quel message lui adresserez-vous ?

Si Madame la ministre était effectivement devant moi, je devais lui adresser des remerciements par rapport au travail qu’elle réalise au quotidien. Car, au cours de l’année 2020-2021, nous nous sommes rendu compte qu’elle a traité le cas des regroupements familiaux. La plupart des mutations qui sont sorties était liés à ce problème. Mais il y a encore beaucoup à faire. Dans mon cas, je suis mariée depuis 2018 et je vis seule. Je connais une dame qui est mariée depuis 10 ans, elle n’a pas pu rejoindre son mari. Pourtant, lorsqu’il y a acte de mariage, le regroupement doit suivre automatiquement. En ce qui concerne les enseignants qui utilisent le lexique anglo-saxon et se retrouvent à dispenser les cours dans les établissements francophones c’est très harassant. Mon cas est un peu particulier parce qu’à la base je suis anglophone, je m’exprime assez bien en français mais il y en a qui n’y arrive pas. Il faut vraiment qu’on règle ce problème. Car c’est une sorte de gaspillage de ressources humaines.  Ensuite concernant les salaires des enseignants, lorsque les affectations sortent, les salaires doivent suivre parce qu’il est inadmissible qu’on t’envoie dans une zone où tu ne connais personne et tu te retrouves en train de passer 6 mois avant de percevoir ton premier salaire. Et lorsque les salaires sortent on perçoit le 1/3, une somme qui ne saurait te permettre de joindre les deux bouts. Par conséquent, l’éducation des enfants qui sont à ta charge n’est pas garantie et lorsque les enfants ne sont pas bien éduqués c’est la société tout entière qui en pâtit.

NB; Le nom et le visage de la source ont été cachés pour protéger la source.

Tags :

Lire aussi

Examens officiels 2022 : 606 207 candidats attendus au Cameroun

Examens officiels 2022 : 606 207 candidats attendus au Cameroun

C’est le nombre d’aspirants au baccalauréat, Probatoire de l’enseignement général et au GCE Board enregistrés par l’OBC pour cette session. Par Lititia Ngono A l’issue de la réunion d’évaluation de l’organisation des examens officiels qui s’est tenue le 10 mai dernier...

Zadarou Douague : l’éducation est déstabilisée à Tourou

Zadarou Douague : l’éducation est déstabilisée à Tourou

directeur de l'école publique de Hidoua (département du Mayo-Tsanaga, région de l’Extrême-Nord au Cameroun).   Propos recueillis par Abdoulkarim Ce n'est plus un secret, l'éducation est complètement déstabilisée ici à Tourou. L'insécurité est devenue la règle et ça ne...

0 Commentaires

0 commentaires

Laisser un commentaire