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Joseph Bainamndi Daliwa, « L’expertise acquise à l’issue de ce programme sera bénéfique au Cameroun »

doctorant au département de physique de l’université de Ngaoundéré et boursier pour l’E4C.

Interview réalisée par Nadine Ndjomo

Vous faites partie des 16 africains sur les 50 jeunes ingénieurs boursiers, retenus pour l’initiative Engineering for change (E4C) 2021. Vous vous y attendiez ?

Lorsqu’on postule à un programme très compétitif, on s’attend à une réponse positive ou négative en général mais vu mon parcours international dans divers domaines, j’étais confiant. Ayant été sélectionné en 2017 pour la bourse Mandela Washington Fellowship, programme initié par l’administration Barack Obama, coordonnée par l’ambassade des USA à Yaoundé et financé par le Département d’Etat Américain, J’étais le premier Camerounais à faire un stage pratique au Département d’Etat de l’Agriculture des Etats-unis. J’ai aussi bénéficié d’une formation pratique en Business et Entrepreneuriat à l’université de Purdue (5 -ème université Américaine ou Neil Armstrong a fait ces études). J’ai aussi été le premier Camerounais parmi les 9 sélectionnés dans le monde à remporter une compétition en innovation déroulée à Doha, Capitale du Qatar en septembre 2019. J’avais un curriculum vitae qui remplissait tous leur critère. Pour l’anecdote, j’ai postulé à la date du 28 février 2021, et le 1er mars à minuit, j’ai reçu le mail de ma sélection pour la phase orale.

Comment avez-vous appris la nouvelle ?

J’étais ému quand j’ai reçu le Mail du quartier général du Engineering For Change Fellowship basé à New York, avec ma lettre de sélection.

Les ressortissants de 8 pays africains ont été sélectionnés pour le E4C. Vous représentez le Cameroun. Votre sélection honore déjà l’image de votre pays sur le plan international. Y-aura-t-il autre chose ? Le Cameroun devra-t-il attendre un bénéfice éventuel ?

Il faut rappeler qu’en 2019, selon le rapport de vulnérabilité et sécurité alimentaire publié dans Cameroun tribune, 16% de ménages au Cameroun souffre d’insécurité alimentaire c’est-à-dire environ 3.9 millions de la population Camerounaise dont plus de 200.000 en situation grave. Et selon les derniers rapports du Fonds alimentaire mondial (FAO), ce problème est très alarmant dans les régions du Nord Cameroun. L’expertise que j’aurai à la fin du programme sera bénéfique pour notre pays. Les solutions innovantes qu’on proposera aux problèmes d’insécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest pourront être implémentées au Cameroun au bénéfice de nos populations.

L’un des objectifs de L’initiative Engineering for Change (E4C) est de proposer des solutions efficaces et innovantes à l’effet d’atteindre les objectifs du développement durable (ODD). Des 17 ODD établis par l’ONU en 2015 ; quels sont ceux qui, sont prioritaires pour l’Afrique en général et le Cameroun en particulier ?

Tous les 17 ODD sont prioritaires pour l’Afrique surtout les 10 premiers. Les plus urgent pour le Cameroun sont les ODDs 1,2,3,6,7,9,11 car ils ont pour ambition d’éradiquer la pauvreté, la faim, les inégalités et permettront à nos différentes populations d’avoir accès à l’énergie et de l’eau pour accroitre les investissements dans l’agriculture afin de construire une économie résiliente et compétitive.

Sera-t-il possible d’atteindre ces objectifs à l’horizon 2030, tel qu’arrêté par les membres de l’ONU ?

Tout dépend des dirigeants mondiaux et coopérations multiformes pilotées par plusieurs instances clés très important pour le développement durable de nos différents pays. Mais pour ce qui est du Cameroun, il regorge assez de jeunes talents et ressources nécessaires pour atteindre ces différents objectifs. Tout revient au gouvernement de mettre une politique gouvernementale solide via un suivi et évaluation sérieux avec les hommes qu’il faut à la place qu’il faut pour atteindre ces objectifs.

La région de l’Extrême-Nord dont vous êtes originaire, est considérée comme la plus pauvre du Cameroun ; parce que souffrant de plusieurs maux dont la pauvreté, la sous-scolarisation, l’insécurité, l’accès à l’eau potable et à l’éducation entre autres. Si le 11ème ODD est atteint peut-il atténuer cette situation ?

La région de l’Extrême-Nord devra en premier chercher à atteindre les 7 premier ODDs sinon elle n’y arrivera pas à réaliser un très bon programme pour atteindre l’ODD11.

Vous êtes doctorant à l’université de Ngaoundéré. Votre sujet de recherche porte sur les matériaux de contrôle des nuisances sonores pour moteurs d’avions : étude des pertes visco-thermiques dans les méta-matériaux, les réseaux de multicouches poreux et les nouveaux poreux. Que comptez-vous démontrer dans votre thèse ?

Ma thèse de Doctorat encadré par les Professeurs Doka Yamigno Serge et Ntamack Guy Edgar a pour objectif de proposer des solutions pratiques au problèmes de nuisances sonores qui ne cessent d’augmenter exponentiellement dans notre monde contemporain. Il faut rappeler que les nuisances sonores sont la cause de l’augmentation de stress, baisse de concentration, augmentation du taux d’hormones dans le sang, perturbation de sommeil, baisse de rendement au travail et à long terme causent les arrêts cardiaques. Nous comptons démontrer qu’avec les matériaux acoustiques innovants efficaces via les méthodes analytiques, numériques et travaux de laboratoire, qu’il est possible de construire dans nos villes très bruyantes des buildings insonorisés. Cette démonstration permettra aussi d’améliorer les signatures acoustiques de nos aéroports afin de respecter les règles fixées par l’Organisation de l’aviation civile internationale. Nous comptons aussi proposer aux constructeurs d’avions des matériaux absorbant les nuisances sonores émises par les réacteurs.

Comment avez-vous découvert la bourse Fulbright dont vous êtes bénéficiaire ? 

J’ai découvert la bourse Fulbright lors d’une participation à une conférence de partage d’opportunités organisée par l’ambassade des Etats-unis à Yaoundé. Et je suis l’un des bénéficiaires de cette bourse, au département de mécanique ingénierie et aérospatial de l’université de Columbia-Missouri, USA.

Quel message pouvez-vous adressez aux jeunes qui ont soif d’étudier mais qui n’ont pas de moyens financiers conséquents pour le faire ? et à ceux qui les ont, mais qui peinent à trouver leur voie et pensent à jeter l’éponge ?

Ayant perdu mon père Daliwa en 2017, année où je débute ma thèse de Doctorat, j’ai su jongler et faire des petits jobs à la camerounaise pour m’en sortir au début de mes recherches. Je dirai aux jeunes sans moyens financier qu’il existe toujours une opportunité qui nous permettra d’aller de l’avant malgré les défis du quotidien. Il faut toujours chercher la bonne information au bon endroit et surtout être discipliné, objectif, humble, patient et résilient. Pour le jeune qui ont les moyens mais peinent à trouver leur voie et jeter l’éponge, je leur dirai de se trouver des mentors pour obtenir des conseils pratiques liés à leur projet personnel. Il faut rencontrer les ainés, nos professeurs d’universités, directeurs de bureaux, demander à rencontrer les chefs d’entreprises, leaders politiques et responsables de la société civile pour obtenir leurs conseils. En général, Je dirai aux jeunes de travailler dur et d’être surtout discipliné en embrassant au moins 2 domaines de compétences car quel qu’en soit la faculté ou niveau d’études, on a tellement de temps pour apprendre de nouvelles compétences pour nous ouvrir plusieurs voies dans notre pays et monde. J’aimerai que la jeunesse utilise l’outil internet pour se former afin de rester à jour aux standards internationales. Cessons de perdre du temps pour ce qui n’apporte rien dans notre vie personnelle ou professionnelle. Mettons nos différents temps à profit pour apprendre de nouvelles compétences. Je dirai aux jeunes d’y croire en leur rêve et de mettre surtout Dieu dans leurs projets car seul on n’y arrive toujours pas même si nous sommes brillants ou avons des moyens.

Vous avez 32 ans. Votre parcours académique est brillant. Peut-on vous considérez comme un modèle ?

Si le mot modèle est sur une échelle de 1 à 10 je dirai que je suis au niveau 6 car j’ai encore des défis à traverser et objectifs à atteindre.

Quelle profession comptez-vous exercer après vos études ?

Je pense surtout à développer mon association et Startup. Je suis le président/Fondateur de l’association « Action for Youth and Environment » et de la startup « A Qua GRO Life ». Et après ma soutenance, je compte ouvrir un cabinet qui travaillera au Cameroun et en Afrique sur les solutions aux problèmes de nuisances sonores dans les buildings de demain et aéroports.

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